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REGISTRES DU BUREAU
dément l'interest publicq, et speciallement celluy des supplians, à ce qu'il vous plaise faire entendre lesd, remonstrances à Messieurs des Comptes, par devant lesquelz iceulx fermiers poursuivent à pre­sent la veriffication et entherinement dud. bail.
«En premier lieu, lesd, marchans supplient croire que la presente remonstrance qu'ilz entendent faire n'est pour aulcunement favorizer ny leur prouffict par­ticullier, ny aulcune chose qui tome à leur adventaige, ains à seullement faire entendre au Roy l'interest et dommaige qui pourra advenir sur ses subjeetz, ou cas que Sa Majesté ordonnast led. bail avoir lieu.
k Et combien que lesd, marchans, ' n'ayant faict profession d'entendre ce qui est contenu au narré desd, lectres, portant qu'il s'est trouvé grandz abbuz sur les officiers desd. Monnoyes, si est ce qui leur semble, soubz meilleur adviz, que ce n'est la faulte que les ordonnances antiennes ne soient bonnes et bien faictes, comme estans de long temps dressées avec telles compaignées qu'il leur semble lesd, ordon­nances ne devoir estre changées sans bien y adviser, et que la consequence n'est telle que dc mectre en avant la perle que lad. Majesté pourroit faire par chascun an sur toutes ses monnoyes, au pris que de mectre entre les mains de troys hommes tout l'esmo-lument d'icelles, desquelles ilz pourront tirer à leur prouffict cinq et six foys qu'ilz en baillent au grand dommaige de lad. Majesté et de tous ses subjeetz.
"Il se trouverra que de lout temps et ancienneté, lorsque l'on a voullu toucher tant et si peu que rien au faict des monnoyes, soit pour la mutation du pris, aloy ou carractere, l'on a ruiné toutes choses au grand dommaige de tout le peuple, comme estant le faict des monnoyes ung membre si precieulx que l'on y peult si peu toucher qu'il n'en advienne ung grand remuement.
"Semble donc, soubz meilleur adviz, que led. narré ne peult estre bien fondé, parce que l'on ne doibt toucher aulcunement au faict des monnoyes, si ce n'est avec deliberation de beaucoup de compai-
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gnées, et sçavoir premierement les commoditez ou incommoditez de ce royaulme, tout ainsi qu'il a esté faict de tout temps et ancienneté, et non pas faicte, comme il a esté cy devant ces derniers jours, après avoyr oy quelques ungs de Messieurs des Monnoyes, qui peult estre sont maintenant acompaignez d'aul­cuns qui ont faict les mémoires des fermiers qui pre­tendent avoir en main ferme lesd. Monnoyes.
"Et sur ce que aulcuns ont voullu dire que le surpris ethaulsement des especes d'or et d'argent est venu par la faulte des marchans qui l'onttollerépour avoir quelque foys plus besoing d'une espece que de l'aultre, il se trouverra que l'augmentation ne pro­vient que de l'estranger que l'on a souffert depuis vingt ans tellement négocier en ce royaulme que, pourté jour d'huy, la pluspart des deniers de ced. royaulme passe par les mains desd, estrangiers qui tiennent grande partie des benefices à ferme avec autres grandes fermes, tellement qu'ilz donnent le pris tel qu'il leur plaist aux especes d'or, estans les vrays et naturelz regnicolles contrainctz passer par leurs mains, soit pour avoir lectres de change, pour faire Ia negotiation ou pour recouvrer les marchan-disesdonlilz ont affaire, de sortequ'il se trouve grande quanlilé d'eslrangers dedans Paris qui altèrent fort la negotiation, favorisant tousjours les marchandises de leurs païs, estans fort rejeetz les marchans dc Paris de beaucoup cl'aultrés statuz et previlleges qu'ilz avoient, par le moyen desquelz le Roy estoit bien obey en tous ses eedietz des monnoyes et autres eedietz, mais lesd, estrangiers qui ne viennent en ce païs que avec une plume ne craignent aulcune chose et ne se soucyent, mais qu'ilz facent leur prouffict. Voilà donc en partie d'où vient l'augmentation des especes d'or, et que les esdictz et ordonnances des monnoyes an­ciennes n'ont esté aultrement observées, n'estant la faulte provenue par lesd, marchans, dont aulcuns les ont accusez à tort.
"Quant àla fabrication des escuz'1', ilz n'ont que dire et desireroient bien qu'il feust possible que
lui continuaient pour six ans le bail de la Monnaie de Bordeaux, "sans approbation», est-il dit dans l'arrêt, du bail général des Mon­naies de France. (Archives nationales, Cour des Monnaies, Règlements, Z'° 67, fol. 7 v°; Z'° 372.) Une ordonnance du i5 juin i566, enregistrée par la Cour des Monnaies le 28 juin, trancha la question; il fut enjoint de bailler à ferme toutes les Monnaies du royaume et de les adjuger à ceux qui s'engageraient à fournir la plus grande quantité d'ouvrage, à la charge de fabriquer des écus soleils, tes­tons et sous d'argent, dans les conditions habituelles.
O L'écu au soleil constituait la monnaie d'or; celui frappé sous Charles IX avait pour effigie un écusson chargé de trois fleurs de lis, surmonté d'une couronne fermée avec cette inscription : Carolus vim J). G. Franc. Rex, pour millésime i54o, au revers quatre, fleurs de lis formant la croix, et pour légende : Christus régnât, etc; il était au titre de 2 3 carats i/4, 372 au marc. Sous le règne de Charles IX, son poids fut diminué d'un grain et sa valeur accrue de 4 sols, de sorte qu'en 156i l'écu valait déjà 5o sols, mais cette valeur ne tit qu'augmenter et fut fixée en 1573 à 54 sols.